Catalan

Le catalan (en catalan : català) est une langue appartenant à la branche romane de la famille des langues indo-européennes. Le catalan compte neuf millions de locuteurs en Catalogne, dans la Communauté autonome de Valence (où il est appelé « valencien »), aux îles Baléares, en Andorre (où il est la seule langue officielle, mais où l’on parle aussi l’espagnol et le français), en Roussillon (France), dans la Franja de Ponent (Aragon) et à Alghero (Sardaigne).

Le catalan est issu du latin vulgaire des Pyrénées catalanes (v. 900). Depuis le XVe siècle il a subi l’influence du castillan ou espagnol, comme en témoignent de nombreux doublets (cercar/buscar, restar/quedar, vós/vostè, etc.). Il est cependant erroné de le présenter comme un dialecte de l’espagnol car il partage davantage de points communs avec l’occitan, sa langue soeur.

Par opposition au castillan, qui s’est imposé de fait à toute l’Espagne, une forte revendication est née en Catalogne demandant la reconnaissance officielle du catalan, qui a été acquise dès la mort de Franco. Cette reconnaissance a été demandée aussi par le gouvernement espagnol auprès de la Commission européenne en 2004 (car 9 millions de personnes parlent le catalan en Europe, beaucoup plus que le maltais, l’estonien, etc.). Aujourd’hui, dans l’Union européenne, il est possible d’utiliser le catalan, bien qu’il n’en soit pas langue officielle.

L’intercommunicabilité (orale et écrite) entre les diverses variantes du catalan est d’environ 95 %. On distingue habituellement deux grandes familles dialectales. Premièrement, la famille « orientale » qui comprend le catalan central, parlé à Barcelone et à Gérone, et le catalan insulaire, parlé dans les îles Baléares et le roussillonnais. La deuxième grande famille est appelée par opposition occidentale et regroupe le catalan nord-occidental, parlé autour de Lleida, ainsi que le valencien. La compréhension (orale et écrite) avec l’occitan (voir phrase 1), le catalan a des traits communs avec le français ou l’ancien français (phrases 2 et 3), le réto-romanche et le castillan (phrase 4) :

1. Em dol / Em fa pena que jo sigui/siga qui digui/diga en veu alta el que tots pensem : caldria anar a consultar el metge, això no fa pas cap mal a ningú.
(occitan : me dòl que siá ieu que diga de votz auta çò que totes pensam : calriá anar consultar lo metge, aquò fa pas cap de mal a degun.)
(français : cela me peine de dire à haute voix ce que nous pensons tous : il faudrait aller consulter le médecin, cela n’a jamais fait de mal à personne).

2. L’art de traduïr és molt difícil. (espagnol : el arte de traducir es muy difícil)

3. Les forces de l’ordre són pacífiques. (espagnol : las fuerzas del orden son pacíficas.)

4. Han de comunicar de seguida la notícia / la nova al director (espagnol : tienen que comunicar en seguida la noticia al director ; français : ils doivent communiquer tout de suite la nouvelle au directeur).

Mots français d’origine catalane :

  • sardane (sardana), – abricot (albercoc) lui-même emprunté à l’arabe (al-barquq), qui l’avait pris au grec (barc), lequel l’avait emprunté au latin
  • aubergine (albergínia) lui aussi emprunté à l’arabe (al-bâdindjân), qui l’avait pris au perse, lequel l’avait pris à l’Inde
  • baraque (barraca)…

Écriture et orthographe du catalan

Le catalan utilise l’alphabet latin enrichi de digrammes, de signes diacritiques (accent aigu, accent grave, point médian dans le digramme l·l (apellé ela geminada), cédille sous c, tréma) et de lettres diacritiques (u après g et q, i devant x et g). Il existe de nombreuses diphtongues, représentées par des paires de voyelles.

L’alphabet est le suivant :

a (à), b, c (ç), d (dj), e (é è), f, g (gu, ig) h i (í ï), j k l (ll, l·l) m n (ny) o (ó ò) p q (qu) r (rr) s (ss) t (tg, tj, tx) u (ú ü) v w x (ix) y, z

Les lettres entre parenthèses sont les variantes possibles (avec diacritiques, dans des digrammes…) qui ne comptent pas comme lettres indépendantes. On classe les voyelles portant un accent aigu après les simples et avant celles portant le grave puis le tréma. Quand des homonymes sont distingués par l’accentuation, l’accent final précède les autres places (animà avant ànima).

Prononciation du catalan

Ne sont indiquées que les principales différences avec le français (sur la base du catalan central, proche de la variante Barcelonaise) :

  • a et e, en position non accentuée, sont comme le e non tonique en allemand : català=keteLa, televisió=telebizio, camí (chemin) =kemi, cama (jambe) =kame.
  • o en position non accentuée se prononce « ou » : ofert (offert)=oufertt, només (seulement)=nouméss, ferro (le fer) =ferrou.
  • u prononcé toujours ou : vingut (venu) =binngoutt, bufar (souffler) =bouffa.
  • h : toujours muet, même après un c dans certains noms propres : Bosch =bosk.
  • l : plus vélaire qu’en français, proche du « l sombre » anglais ou du l dur polonais ou russe : català=keuteuLa.
  • ll (l palatal ou mouillé) : comme le ll de « fille » llengua (langue) =yenngoue, palla (paille)=paille.
  • tll : l palatal doublé : batlle (maire) =ballye.
  • l·l (l géminé) : double l (pour le distinguer du l palatal): col·lega (collègue)=coul-lègueu, intel·ligent =inntel-ligenn.
  • m et n ne donnent jamais lieu à des voyelles nasales : món (monde) =monn, rampa (rampe) =rammpe.
  • ny (n palatal) : comme le gn français ou le ñ castillan : juny (juin), Catalunya (Catalogne), Perpinyà (Perpignan).
  • r : comme en castillan, roulé légèrement dans le corps d’un mot, plus fortement en tête du mot ou s’il est doublé, généralement muet dans les terminaisons.
  • v : se prononce v comme en français, il se prononce de manière dégradée b dans certains parlers méridionaux (zones de Valence et Tarragona).
  • ig : se prononce tch : puig (montagne) =poutch, mig (demi)=mitch, sauf exception : càstig (châtiment) =kasstik.
  • x : se prononce comme le ch français au commencement d’un mot : Xina (Chine), après une consonne : marxa (marche) ou après un i ou une diphtongue : caixa (caisse) ; dans les autres cas il se prononce comme en français (boxa, taxi, examen).
  • ai, au, ei, eu, oi, ou sont des diphtongues en catalan, ne pas confondre avec les «fausses diphtongues» du français : peu (pied) =pèou, rei (roi) =rèi, taula (table) =taouleu, bou (bœuf) =bo’ou.

Statut et diffusion du catalan

Le catalan est utilisé quotidiennement et son usage tend à s’étendre. Interdit sous Franco, il restait une langue parlée. Depuis la nouvelle Constitution espagnole de 1978, cette langue est devenue langue officielle de la Catalogne, les Îles Baléares et le Pays Valencien (sous la dénomination de « Valencien ») à égalité avec le castillan. On trouve en Catalogne une abondante littérature catalane et toutes les librairies, y compris dans les grandes surfaces, proposent des ouvrages écrits ou traduits dans cette langue. De même, la signalisation routière est en catalan, doublée par des panneaux en castillan.

Les universités catalanes donnent leurs cours de préférence en catalan (cf. une illustration réaliste dans le film L’auberge espagnole), y compris des cours très techniques (« gestion des réseaux informatiques » par exemple).

Catalan : exemples


Mot

Traduction

terre

terra

ciel

cel

eau

aigua

feu

foc

homme

home

femme

dona

manger

menjar

boire

beure

grand

gran

petit

petit / xicotet

nuit

nit

jour

dia / jorn

anglais

anglès / anglés

pourquoi

per què

Valence

València

Histoire du catalan

  • IXe siècle : le catalan est une forme de langue romane issue du latin vulgaire, parlée dans la Marche Hispanique établie par l’empire carolingien, dont fait partie également l’Andorre.
  • Début du XIIe siècle : premières traces écrites du catalan retrouvées sur des fragments de versions du Forum Iudicum et du livre de sermons Les Homilies d’Organyà.
  • 1275 : Raymond Lulle (Ramon Llull) (1235-1315) écrit le Livre du Gentil et des trois Sages (Llibre del gentil i els tres savis), dont le sujet est la théologie des trois monothéismes. On considère qu’il s’agit là de l’acte de naissance du catalan comme idiome reconnu et comme langue littéraire indépendante de l’occitan.
  • Du XIIe siècle au XIVe siècle, influence de la littérature occitane et des troubadours.
  • 1490 : publication à Valence du roman chevaleresque Tirant le Blanc (Tirant lo Blanc), écrit par Joanot Martorell.
  • XIXe siècle : après une éclipse au XVIe siècle et au XVIIIe siècle, on assiste à une renaissance (Renaixença) des lettres catalanes, induite par le Romantisme, tant en poésie avec Jacint Verdaguer (1845-1902) ou Joan Maragall (1860-1911), que théâtre avec Àngel Guimerà (1845-1924) et roman avec Narcís Oller (1846-1930).
  • 1912 : Pompeu Fabra (1868-1948), grammairien et lexicographe, publie sa grammaire qui unifie enfin l’orthographe catalane (Gramàtica de la llengua catalana).
  • 1967 : premier concert du chanteur catalan Lluís Llach (1948-), symbole de résistance de la langue catalane contre le franquisme (chanson L’estaca).
  • 1979 : avec l’autonomie de la Catalogne et des autres communautés autonomes de langue catalane, le catalan regagne son statut de langue co-officielle, perdu depuis la fin de la IIe République espagnole (1931-1936).
  • 1993 : premier discours en catalan à l’Organisation des Nations unies, prononcé par Òscar Ribas Reig, lors de l’entrée de l’Andorre (Principauté d’Andorre) à l’ONU.
  • 2005 : le 16 novembre, le Président du Comitè des Régions Peter Straub signe un accord qui pour la première fois, permet l’usage du catalan, du basque et du galicien dans une institution de l’Union Européenne. L’ex-Président de la Generalitat de Catalunya, Pasqual Maragall (qui a été Président du Comité des Régions de 1996 à 1998) s’est adressé officiellement et pour la première fois au Comitè des Régions en catalan.

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