Corrida en Espagne, explications d’une tradition CONTESTEE

La corrida est une forme de course de taureaux, consistant en un combat à l’issue duquel le taureau est mis à mort. La corrida est pratiquée essentiellement en Espagne, dans le Midi de la France, dans certains Etats d’Amérique latine (Mexique, Pérou, Colombie, Venezuela, Équateur et Bolivie) et dans quelques communes du Portugal.

Les « jeux taurins », éventuellement la mise à mort du taureau en public dans la corrida, sont sans doute une survivance des sacrifices d’animaux qui ont été si importants dans les cultures primitives.

Dans le langage courant, corrida désigne de nos jours la course de taureaux telle qu’elle se pratique principalement en Espagne. Au cours d’une corrida, six taureaux (le plus généralement) sont combattus et mis à mort par des matadors aidés de peones et de picadors.

La corrida ailleurs dans le monde

Au Portugal, la mise à mort en public est en principe interdite. Elle n’est effectuée que dans quelques communes, notamment à Barrancos ; ailleurs, la mise à mort est effectuée après le retour du taureau au toril.

La corrida est pratiquée sous une forme « édulcorée », sans picadors, sans banderilles et sans mise à mort, dans certains Etats des États-Unis, notamment la Californie et le Nouveau-Mexique.

La corrida en Catalogne

A noter que depuis 2012, la Catalogne a interdit la corrida dans sa région (source) mais… en octobre 2016 l’Etat espagnol conteste cette décision (source). Vous pourrez donc peut-être revoir des corridas à Barcelone par exemple.

Pourquoi vient-on voir une corrida ?

Pourquoi ils vont voir des corridas
Pourquoi ils vont voir des corridas

Parmi les éléments qui permettront d’évaluer le spectacle on trouve traditionnellement :

  • Le courage de l’homme
  • La bravoure de l’animal
  • L’autorité de l’homme sur l’animal
  • L’élégance
  • L’efficacité : une mise à mort « approximative » peut facilement dégrader un spectacle par ailleurs bien mené.

Corrida, Arles 2014

Déroulement d’une corrida

La corrida expliquée à mes amis
La corrida expliquée à mes amis

Le sorteo

Le jour même de la corrida, à midi, a lieu le sorteo, répartition des taureaux entre les matadors par un tirage au sort.

L’apartado

Une fois le tirage au sort effectué, a lieu l’apartado : les taureaux sont séparés les uns des autres et placés un à un dans les chiqueros, cellules obscures d’environ trois mètres sur deux, dans lesquelles ils attendent l’heure de la corrida afin de pouvoir être lâchés dans l’arène au moment voulu.

A las cinco de la tarde

« En Espagne, la seul chose qui commence à l’heure, c’est la corrida« .

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Le paseo

La corrida commence par un défilé de tous les participants : le paseo (ou paseíllo). À l’heure prévue, le président présente un mouchoir blanc ; aux accents d’un paso doble le cortège s’ébranle, précédé par les alguaziles (ou alguacilillos). Viennent au premier rang les trois matadors, classés par ordre d’ancienneté. Si un torero se présente pour la première fois dans la « plaza », il avance tête nue, sinon il est coiffé du chapeau traditionnel la « montera ». Derrière suivent les peones, également classés par ancienneté, puis les picadors, eux aussi classés selon l’ancienneté.

Viennent ensuite les areneros ou monosabios, employés des arènes qui ont pour fonction de remettre en état la piste entre chaque taureau. Vient enfin le train d’arrastre, attelage de mules chargé de traîner la dépouille du taureau hors de l’arène.

La lidia

Puis vient l’heure du combat, en espagnol « lidia ». Une corrida formelle comprend en principe la lidia de six taureaux. Pour chacun d’entre eux, la lidia se déroule selon protocole immuable. Ce protocole est décomposé en trois parties, appelées tercios.

Espectaculo Mortuoso

Premier tercio : le tercio de pique

Sortie du taureau

Après la sortie du taureau, le matador et ses peones effectuent des passes de capote, pièce de toile généralement de couleur lie de vin à l’extérieur et jaune à l’intérieur, qui sert de leurre. Ces premières passes de capote permettent au matador d’évaluer le comportement du taureau. Pour aider leur matador à évaluer le comportement du taureau, les peones appellent celui-ci à tour de rôle et l’attirer vers les différents points de l’arène, l’incitant à aller au bout de sa charge. Puis le matador effectue lui-même quelques passes de capote afin de compléter son étude du taureau.

Entrée des picadors

Autrefois, le picador était le principal héros de la corrida, le plus attendu des toreros ; les toreros à pied n’étaient que ses aides. Ce n’est que dans la seconde moitié du XVIIIe siècle qu’il a commencé à perdre sa suprématie, pour devenir au milieu du XIXe un subalterne du matador.

Le rôle du picador est de tester la bravoure du taureau à l’aide de sa pique, lance en bois de hêtre de 2,60 mètres de long terminée par une pointe d’acier : la puya.

Deuxième tercio : le tercio de banderilles

Le deuxième tercio consiste à poser les banderilles (espagnol : banderillas), bâtons d’environ 80 cm de long, terminés par un harpon et recouverts de papier de couleur.

Les banderilles sont généralement posées par les peones , mais certains matadors les posent eux-mêmes.

Corrida Chateaurenard

Troisième tercio : le tercio de mise à mort

La faena de muleta

La faena de muleta est le travail à pied du matador à l’aide d’un leurre en tissu rouge, la muleta. La faena de muleta prépare le taureau à la mort.

Corrida, Arles 2014

L’estocade

Ce tercio se termine par l’estocade à l’aide de l’épée.

Le descabello

Parfois, après l’estocade, le taureau tarde à s’écrouler. Le matador doit alors descabellar : il plante une épée spéciale (verdugo) entre la base du crâne et le début de la colonne vertébrale, au même endroit que celui où le puntillero plantera sa puntilla.

La puntilla

Après l’estocade (et éventuellement après le descabello), le coup de grâce est donné par l’un des peones (appelé puntillero) à l’aide d’une puntilla, poignard à lame courte et large, plantée entre la base du crâne et le début de la colonne vertébrale, afin de détruire le cervelet et le début de la moelle épinière.

Les récompenses

S’ils ont apprécié la prestation du matador, les spectateurs réclament au président que lui soient accordées une, voire deux oreilles, et même deux oreilles et la queue. Pour ce faire, ils doivent agiter un mouchoir blanc, mais l’expérience montre que nombre de spectateurs (surtout en France) se contentent de crier, siffler ou applaudir. Le président accorde une oreille, deux oreilles, deux oreilles et la queue en présentant un, deux ou trois mouchoirs blancs. Les trophées sont coupés sous la surveillance de l’alguazil qui les remettra au matador après que la dépouille du taureau ait été tirée hors de la piste. Il ne reste plus au matador qu’à faire une vuelta al ruedo : il fait le tour de la piste en longeant la barrière et salue le public ; les spectateurs les plus enthousiastes lui envoient des bouquets de fleurs, des cigares, leur chapeau, leur foulard etc. Le matador garde les fleurs et les cigares, et renvoie les chapeaux, foulards, etc., à leur propriétaire.

Si la prestation du matador a été fort peu appréciée, elle peut entraîner une bronca : les spectateurs mécontents crient, sifflent, et il peut même arriver que certains jettent des bouteilles sur la piste. (Un tel geste est largement condamné par les aficionados.) Parfois la réaction est pire pour le matador que la plus forte des broncas : le silence.

Si le taureau a été exceptionnellement bon, le président pourra lui accorder à lui aussi une vuelta al ruedo en présentant un mouchoir bleu. Et s’il a été plus qu’exceptionnellement bon, le président pourra, avant l’estocade, ordonner sa grâce en présentant un mouchoir orange.

Quand le matador a fini de saluer, il ne reste plus au président qu’à sortir son mouchoir blanc afin d’ordonner l’entrée en piste du taureau suivant.

Corrida in Sevilla

En fin de corrida, les matadors quittent l’arène l’un après l’autre, par ordre d’ancienneté.

Les protagonistes de la corrida

Le taureau

Le principal protagoniste de la corrida est le taureau : La corrida de toros se déroule dans une plaza de toros où le taureau est tué par un matador de toros.

L’élevage du taureau

À l’origine de la corrida, on se contente d’aller dans les élevages pour s’emparer des taureaux dont on peut supposer qu’ils sont les plus combatifs du troupeau. À partir du XVIIe siècle, la sélection se fait plus rigoureuse : quelques éleveurs commencent à sélectionner leurs taureaux spécialement pour les besoins de la corrida.

Aujourd’hui, les taureaux sont spécialement sélectionnés en fonction de leurs qualités supposées au combat et de leur masse corporelle (parfois plus de 600 kg, mais le plus souvent entre 480 et 550 kg).

Les ganaderías assurent un élevage dans des conditions d’isolement qui permettent de garantir que le taureau qui entre dans l’arène n’a jamais vu d’homme à pied (les éleveurs circulent exclusivement à cheval ou en véhicule). L’objectif est d’obtenir des taureaux « braves » (ce qui se reconnaît au fait qu’ils chargent à la plus petite provocation : soit parce que le torero empiète sur son terrain, soit à l’appel).

Philosophie de la corrida
Philosophie de la corrida

Jusqu’à son départ pour l’arène, le taureau vivra en quasi liberté dans les immenses prairies : si les latifundia du passé ont disparu, les élevages de taureaux continuent encore aujourd’hui de s’étendre sur plusieurs centaines, parfois milliers, d’hectares.

The Outfit

L’éleveur est représenté pendant la course par son mayoral (régisseur ou intendant). Quand le lot de taureaux a été exceptionnel, on voit parfois le mayoral porté a hombros pour honorer son élevage.

Le prix d’un taureau de combat (qui comprend son transport jusqu’aux arènes) varie selon la taille et l’origine, mais on considère qu’il varie entre quelques milliers d’euros pour un novillo et plusieurs dizaines de milliers d’euros pour les plus réputés.

Le taureau dans l’arène

À la sortie du toril, il est marqué de la devise, flot de rubans de diverses couleurs, chaque ganaderia ayant sa propre devise.

Les principales qualités que l’on demande au taureau sont la bravoure (charger à la moindre sollicitation), la noblesse (charger en ligne droite plutôt qu’en « zigzag ») et la caste (être d’une race de taureaux sélectionnés pour la corrida).

Le matador

Le matador est le principal des toreros : comme son nom l’indique, il est chargé de tuer le taureau. Sa responsabilité recouvre :

  • les passes de capote (en même temps que ses peones) ;
  • amener le taureau au cheval (lors du tercio de piques) ;
  • les passes de muleta ;
  • la mise à mort par l’estocade et éventuellement le descabello.

Généralement, il y a six taureaux et trois matadors par corrida. Chaque matador combat donc deux taureaux : le matador le plus ancien combat les premier et quatrième, le deuxième par ordre d’ancienneté combat les deuxième et cinquième, le plus jeune combat les troisième et sixième.

Les membres de la cuadrilla

Chaque matador est assisté par une cuadrilla, équipe de « subalternes » à son service. Les peones sont les aides du matador.

Les picadors

Le picador applique les piques lors du premier tercio. Chaque cuadrilla compte deux picadors, qui officient à tour de rôle.

Les autres assistants du matador

Le mozo de espada

Le mozo de espada (« valet d’épée ») assiste le matador depuis la contrepiste. Il lui fournit un capote de remplacement en cas de déchirure, lui tend les banderilles s’il les pose lui-même, lui remettra l’épée à la fin de la faena de muleta. Il entretient le matériel et l’habit de lumières, s’occupe des réservations d’hôtel, de train, d’avions, etc.

L’apoderado

Littéralement « fondé de pouvoir ». C’est l’équivalent du manager.

Le président et ses assesseurs

Le président est chargé de l’ordre. Il ordonne le début de chaque course, les changements de tercios, l’attribution des trophées. Ses décisions sont notifiées à l’aide de mouchoirs (voir plus haut). Il est assisté de deux assesseurs.

The Tour

L’alguazil

Les alguaziles (ou alguacilillos) sont les « policiers » de la place. Au nombre de deux, ils défilent en tête du paseo. Sous les ordres du président, ils veillent au respect du règlement par tous les acteurs. Le cas échéant, ils remettent également les trophées au matador.

Le personnel de l’arène

Les areneros sont chargés de remettre la piste en état après chaque taureau.

Les mulilleros sont les personnes chargées de l’attelage de mules évacuant la carcasse en fin de course.

La musique

Le paso doble est inséparable de la corrida. La musique accompagne le paseo et fait patienter le public entre deux taureaux. Elle souligne une faena de muleta qui commence à atteindre les sommets de la qualité, ainsi que la pose des banderilles lorsqu’elle est faite par le matador lui-même. Enfin, quand le picador pique avec le regatón, le plus souvent cette pique supplémentaire se fait en musique.

Faire jouer la musique en cours de faena de muleta est déjà une récompense. L’ordre de jouer est donné par le président (sauf à Séville où c’est le chef d’orchestre qui décide) ; souvent une partie du public la réclame en criant « música, música ».

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L’empresa

C’est l’organisateur de la corrida, celui qui engage les matadors, achète les taureaux et espère engranger les bénéfices.

Le public
Le public est varié. Traditionnellement, on classe les spectateurs en deux grandes catégories : les « toreristas » et les « toristas ».

Les toreristas seraient essentiellement attirés par l’art du matador, son adresse, l’élégance de ses passes.

Les toristas seraient essentiellement attirés par le spectacle du taureau démontrant sa bravoure, surtout face au picador. Ils n’apprécieraient que les matadors qui mettent en valeur le taureau, révèlent ses qualités et ses défauts.

À ces deux principales catégories, il faut ajouter les « turistas », les touristes 😉 (Source).

Espectaculo Mortuoso

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