Guerre d’Espagne

La guerre d’Espagne, connue également en France sous le nom de guerre civile espagnole et parfois désignée sous celui de révolution espagnole, est un conflit qui opposa, en Espagne, le camp des « nationalistes » à celui des « républicains ». Elle se déroula de juillet 1936 à mars 1939 et s’acheva par la défaite des républicains et l’établissement de la dictature de Francisco Franco, qui conserva le pouvoir absolu jusqu’à sa mort en 1975.

Ces 9 BD sur la guerre civile espagnole (36-39)

Cette guerre fut la conséquence dramatique, sur le long terme, des malaises sociaux, économiques, culturels et politiques qui accablaient l’Espagne depuis plusieurs générations, et de l’exacerbation croissante des divisions et des clivages entre Espagnols depuis la proclamation de la IIe République en 1931. Elle trouva son déclenchement plus immédiat le 18 juillet 1936 lorsqu’un soulèvement militaire partiellement tenu en échec tenta de renverser le gouvernement de Frente Popular issu des élections libres de février 1936.

Nationalistes contre républicains

Le camp nationaliste fut constitué par des rebelles opposés au pouvoir légal. Ils se dénommaient eux-mêmes nacionales (« nationaux »), tandis que leurs opposants les appelaient fascistas (fascistes) ou facciosos (« factieux ») ; quand le général Franco prit leur tête, on se mit à les désigner également sous le nom de « franquistes ».

Le camp républicain se composait quant à lui de différentes forces unies contre le front nationaliste. De nombreux militants issus de diverses tendances (anarchistes, communistes, démocrates, socialistes, etc.) surnommés rojos (les « rouges ») par leurs ennemis, s’engagèrent aux côtés des forces armées loyales envers la République espagnole, certains pour défendre la démocratie parlementaire et d’autres pour tenter de constituer des formes alternatives de gouvernement.

Cette guerre prit aussi la forme, dans certains territoires sous contrôle républicain, d’une révolution sociale qui collectivisa des terres et des usines et expérimenta notamment différentes sortes d’organisation de type socialiste (soutenues notamment par des anarchistes).

Prémices de la Seconde Guerre Mondiale

Particulièrement violente, et durablement traumatisante, la guerre d’Espagne est tristement célèbre comme théâtre de multiples exactions. Elle vit en particulier les premiers bombardements terroristes sur les civils, perpétrés par l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste alliés de Franco, l’élimination du POUM antistalinien par le NKVD, des massacres spontanés de suspects, d’hommes d’Eglise ou de membres des classes moyennes et dirigeantes par des anarchistes et des communistes dans les mois qui suivirent la sédition militaire, tandis que le nouvel Etat nationaliste se construisait à travers la terreur et l’épuration systématiques. En particulier, les franquistes refusèrent toutes les propositions adverses de compromis et poursuivirent longuement, après leur victoire, une répression de masse d’une rigueur et d’une durée particulièrement saisissantes.

Cette guerre civile fut également le théâtre des prémices de la Seconde Guerre mondiale, les futurs belligérants européens commençant à s’y affronter plus ou moins directement : l’Allemagne d’Hitler et l’Italie de Mussolini apportèrent leur soutien à Franco, tandis que l’Union soviétique de Staline vendit des armes aux républicains (tout en cherchant la prise de pouvoir au sein de la République). La France et le Royaume-Uni choisirent la neutralité mais laissèrent les Brigades Internationales s’engager aux côtés des républicains.

La guerre d’Espagne divisa et passionna les opinions publiques du monde entier. L’engagement de nombreux intellectuels et artistes auprès des combattants, en particulier dans les Brigades internationales, a contribué à lui faire acquérir très vite une dimension légendaire qui perdure encore.

Vidéo sur la guerre civile espagnole : Des maquis de France aux maquis d’Espagne

Un complot militaire

Dès le lendemain des élections de 1936 qui voient la victoire du parti « Frente popular », des complots apparaissent avec les généraux Sanjurjo, Mola, Goded, Fanjul, et, moins nettement, Franco.

Le gouvernement a vent de ces conspirations mais sa seule réaction est de déplacer les hauts responsables de l’armée soupçonnés de complot loin de la capitale : Mola se retrouve muté à Pampelune, Franco aux îles Canaries.

L’assassinat de Calvo Sotelo le 13 juillet 1936 met le feu aux poudres. Les militaires décident de lancer l’offensive les 17 et 18 juillet (péninsule), sans réel objectif politique autre que le renversement du pouvoir de gauche ; la forme républicaine de l’Etat n’est pas encore contestée.

Le coup d’État raté et l’enlisement

Le coup d’État débute le 17 juillet au Maroc où Franco prend le commandement des troupes, après être arrivé en avion des Iles Canaries. Le putsch se diffuse à travers la métropole dès le lendemain.

Les premiers communiqués du gouvernement, après 24 heures, se veulent rassurants, reconnaissant uniquement qu’une partie de l’armée s’est soulevée au Maroc.

Le gouvernement républicain tente une conciliation avec les militaires. Le président Manuel Azaña propose la mise en place d’un gouvernement de compromis à la place du Frente Popular : le 18 juillet, il nomme Diego Martinez Barrio à la tête du gouvernement, mais il doit rapidement constater l’échec de ses efforts. Ni du côté nationaliste avec Mola, ni du côté républicain avec le socialiste Largo Caballero, on ne veut de compromis. L’issue guerrière est inévitable, et dès le lendemain de sa nomination, Martinez Barrio démissionne, remplacé par José Giral.

Le 17 juillet, à Barcelone, les travailleurs de la CNT commencent à s’armer, dans les arsenaux et les chantiers navals. Leur détermination fait basculer de leur coté la Garde Civile et la Garde d’Assaut, obligeant les militaires à capituler dans la deuxième ville du pays. Quand le gouvernement décide de donner des armes à la population, celle-ci était, de fait, déjà armée.

À Madrid, des armes sont finalement distribuées, là aussi, aux ouvriers mais elles manquent de culasses. La population lance cependant un assaut, le 20 juillet, contre la caserne de la Montana et s’en empare.

Si certaines régions tombent rapidement (Navarre, Castille et León, Galice, Andalousie occidentale, grandes villes d’Aragon), le reste du pays reste fidèle à la République. Madrid, Valence et Barcelone, malgré le soulèvement de la garnison locale, restent aux mains des républicains, grâce notamment aux milices ouvrières très vite mobilisées. Au bout d’une semaine, le pays est coupé en deux zones à peu près égales : d’un côté les nationalistes, de l’autre les républicains qui conservent les régions les plus riches et industrielles.

La révolution

En tentant un coup d’État, les militaires ont ainsi déclenché la révolution dans le pays. Voyant les travailleurs en armes, bien des patrons s’enfuient, ou rejoignent le camp des nationalistes. En réaction, la population ouvrière saisit les entreprises, 70 % d’entre elles en Catalogne, 50 % dans la région de Valence, et instaure un contrôle sur les autres. Les paysans collectivisent les trois quarts des terres. L’Eglise ayant choisi (sauf dans le Pays basque) le camp de Franco, ses biens deviennent propriété du peuple, les couvents deviennent des réfectoires pour les miliciens, des écoles, des salles de bal, etc.

Les autorités légales ont perdu tout pouvoir, ne disposent plus d’aucune force de police, d’armée ou de justice. À la place, la gauche met en place des organes d’un nouveau pouvoir, organise des milices pour combattre les nationalistes, réorganise les transports, l’approvisionnement des villes, transformant des usines pour les besoins de la guerre.

En novembre 1936, les ministres, y compris les anarchistes, signent un décret sur la dissolution des milices et leur incorporation dans les forces de police régulières. Celles qui refusent de rentrer dans l’armée du gouvernement ne reçoivent plus d’armes, ce qui facilite la victoire des nationalistes sur plusieurs fronts ; les tribunaux révolutionnaires sont remplacés par les tribunaux du régime précédent. Ainsi, si l’énergie de la gauche révolutionnaire dans les premiers jours du soulèvement avait tenu en échec les militaires, la révolution est peu à peu désarmée, sans qu’aucun parti ouvrier ne s’y oppose réellement.

Le rapport de force

Les forces en présence sont équilibrées au commencement du conflit. Il semble qu’au début de 1937, chaque camp dispose d’environ 500 000 hommes. L’armée espagnole, avant la guerre, est plutôt médiocre, de par son matériel hors d’âge ou par ses tactiques d’un autre temps.

La livraison des armes allemandes ou italiennes a permis une nette amélioration de l’armement de l’armée nationaliste. Les avions italiens se révèlent décisifs lors des premiers jours du conflit, en permettant aux troupes franquistes de franchir le détroit de Gibraltar. De plus, les nationalistes disposent des troupes les plus aguerries : les Maures et la Légion. Stationnées au Maroc espagnol, elles sont commandées par des officiers qui ont l’expérience des guerres coloniales.

Les républicains sont quant à eux progressivement équipés d’armes soviétiques mais l’approvisionnement pose problème en raison du blocus maritime des puissances européennes, plus relâché du coté nationaliste. Moscou enverra aussi des conseillers militaires, essentiellement utilisés pour faire fonctionner les avions et les chars, ainsi que des commissaires politiques du Komintern, essentiellement pour assurer la répression au sein des forces communistes dissidentes, tels que les trotskistes et les militants du POUM.

Les problèmes majeurs, pour les républicains, se posent du côté de l’organisation. En effet, il s’agit d’une armée populaire créée de toutes pièces, et n’obéissant pas au gouvernement car basée sur l’idée d’une défense populaire assurée par chaque citoyen, sans commandement centralisé. Devant l’échec de cette organisation, le gouvernement a tenté de créer une armée populaire sous la forme d’un corps national (en place au printemps 1937), avec une discipline et un commandement communs. Ces hésitations reflètent l’opposition entre communistes, tenants d’une armée organisée, et anarchistes, partisans d’une défense populaire.

En règle générale, l’armée républicaine souffre d’une carence en officiers d’active qui ont pour beaucoup choisi de rejoindre le camp nationaliste. La plupart des bâtiments de la Marine sont restés aux mains de la République, mais les marins, sans leurs officiers, ne sont pas capables d’en faire un bon usage.

Violences et exécutions

La guerre d’Espagne a été particulièrement violente, surtout lors des grandes batailles (Teruel, mais surtout bataille de l’Èbre). Mais la guerre a également été marquée par des tueries en dehors des combats à proprement parler. Il y a eu des exécutions, parfois sommaires, parfois organisées et même précédées de jugements hâtifs.

Lors de cette « révolution » des atrocités sont commises de part et d’autres.

Bartolomé Bennassar explique ainsi : « Il y eut bien, face à face, deux volontés d’extermination, l’une plus organisée, c’est vrai, l’autre plus instinctive, l’une et l’autre exacerbées. »

En zone nationaliste

Un des plus grands massacres collectifs a lieu les 14 et 15 août 1936 à Badajoz en Estrémadure, où de nombreux miliciens désarmés sont sommairement fusillés, lorsque les nationalistes s’emparent de la ville.

Suite au ralliement de l’église catholique et des démocrates-chrétiens aux nationalistes (la croisade), les religieux ont participé activement à la dénonciation et à la répression des partisans républicains.

La fin de la guerre n’a pas signifié pour autant le retour à la paix. Les exécutions se poursuivront les années suivantes manifestant la soif de vengeance des vainqueurs caractérisant le régime dictatorial pendant de longues années et la misère et la terreur pour les vaincus.

En zone républicaine

Les massacres des opposants commencent dès le début de la rébellion. L’appartenance sociale ou politique suffit la plupart du temps dans l’acte d’accusation pour justifier une exécution. Ce fut le cas par exemple pour les officiers de la garnison de Lerida, les officiers de la base navale de Minorque et ceux de Carthagène. Ce fut aussi le cas pour les députés de droite pourchassés en zone républicaine et dont 24 sont exécutés.

Les prêtres et les religieuses sont parmi les autres principales victimes de ces tueries, notamment en Catalogne.

A partir de mars 1937, les victimes des massacres des républicains vont davantage concerner le camp républicain lui-même. En effet, les tensions au sein même de l’Espagne républicaine conduiront à des affrontements internes sanglants (d’un côté anarchistes et communistes hétérodoxes, de l’autre le PSUC – parti inféodé à l’URSS stalinienne), qui conduiront à la chute de Barcelone. Ces conflits internes qui ont vu les partisans libertaires et ceux du Parti ouvrier d’unification marxiste (POUM) massacrés par des groupes d’intervention soviétiques soutenus par le NKVD expliquent pour une large part la dégradation de l’assise républicaine, incapable de reconquérir le terrain perdu sur les nationalistes.

L’attitude des pays étrangers et les interventions

La non-intervention de la France et du Royaume-Uni

En France, Léon Blum, de tout cœur avec les Républicains reçoit une demande d’assistance le 20 juillet 1936 à laquelle il répond positivement, mais il doit faire marche arrière devant l’opposition de la droite, des radicaux (Édouard Herriot), du président modéré Albert Lebrun et du Royaume-Uni. Finalement, le choix est fait d’appliquer une politique de « non-intervention », seule notion permettant d’associer les Britanniques au règlement du conflit.

Côté britannique, le gouvernement de Neville Chamberlain et les élites britanniques voient l’Espagne comme un pays en pleine révolution « communiste »(les anglais refusent de se battre pour des « communistes espagnols »). De plus, tout est fait pour éviter un conflit avec les puissances totalitaires : on pense qu’en étant conciliant avec l’Allemagne, on peut arriver à s’entendre avec Hitler sur ses ambitions expansionnistes.

C’est dans ce contexte que Léon Blum propose le pacte de non-intervention, signé par la quasi-totalité des pays européens. Un comité est créé à Londres pour en définir les modalités. Chaque pays se voit chargé d’empêcher la livraison d’armes en Espagne : les Britanniques doivent assurer le respect d’un embargo sur les armes dans l’Atlantique, la France dans les Pyrénées et l’Italie sur la côte méditerranéenne.

Guerre civile espagnole

La participation italienne

L’aide italienne au camp nationaliste, limitée au début du conflit, devient massive dès la fin de l’année 1936. Elle se matérialise par des livraisons importantes de matériel mais surtout par l’envoi de nombreux soldats.

Mussolini semble envoyer ses troupes davantage dans le but de renforcer son rayonnement que par affinité idéologique avec les nationalistes, car même si le fascime partageait son inspiration socialiste avec Franco, celui-ci avait une connotation nettement catholique, que Mussolini n’avait pas. C’est ainsi l’occasion pour lui d’effectuer une propagande d’ampleur internationale. Il a aussi des intérêts économiques (les armes italiennes sont vendues aux nationalistes) et stratégiques (utopie d’une mainmise sur la Méditerranée).

La participation allemande

L’Allemagne nazie participe au conflit aux côtés des nationalistes en engageant 10 000 hommes au plus fort du conflit, mais ce sont essentiellement des techniciens et instructeurs, peu de soldats. Les rares forces de combat sont limitées à quelques compagnies de chars et aux avions de la légion Condor. Hitler se sert de cette guerre pour essayer le nouveau matériel et y gagne aussi sur le plan économique : en effet, il a négocié en échange de son aide le contrôle des sociétés minières espagnoles. Parmi les faits marquants des envoyés allemands en Espagne, le bombardement de civils à Guernica préfigure les stratégies de la guerre totale à venir. Après cet événement condamné par une bonne partie de la communauté internationale, l’aide allemande se réduit.

Les autres aides aux nationalistes

Les nationalistes ont également obtenu l’aide du Portugal de Salazar qui a fourni une légion de 20 000 hommes ainsi que le renfort plus anecdotique des Irlandais de la Légion Saint-Patrick.

La participation de l’Union Soviétique

L’URSS intervient timidement en faveur des républicains, notamment par l’intermédiaire du Komintern, au nom de la lutte contre le fascisme.

De nombreux chefs de guerre de la République, comme la Pasionaria ou Lister, ne sont pas apparus sponténément, mais ont été formés en URSS après l’échec des premiers mouvements révolutionnaires avant la guerre, où ils ont trouvé refuge.

Staline livre de nombreuses armes modernes (chars et avions) mais exige en contrepartie que les réserves d’or de l’Espagne détenues par la République « soient mise en sécurité » en URSS où elles y resteront après la fin de la guerre et ne seront jamais rendu.

L’URSS envoie peu d’hommes (seulement 2 000, pour la plupart des conseillers) et de plus les livraisons d’armes sont irrégulières et l’acheminement difficile vers certaines régions.

Après les accords de Munich, l’aide soviétique décroît rapidement.

Les Soviétiques encouragent et soutiennent également les Brigades internationales et cherchent à éliminer les marxistes non staliniens (principalement en Catalogne) et les anarchistes.

Les Brigades Internationales
Drapeau des Brigades Internationales

Aux côtés des républicains, des volontaires venus du monde entier, souvent des communistes, des marxistes, des socialistes ou des anarchistes, mais aussi des anti-fascistes plus modérés, se sont engagés dans des groupes qui ont pris le nom de Brigades Internationales.

Avant même la constitution des Brigades internationales, des étrangers participèrent à la Colonne Durutti, par exemple Simone Weil.

Conséquences de la Guerre civile

Le bilan en victimes
Le chiffre des victimes reste difficile à quantifier. Les sources manquent parfois, soit qu’elles n’aient pas été constituées, soient qu’elles aient disparu. Quand elles existent, elles sont souvent manipulées ou accusées de l’être et font donc encore parfois l’objet de controverse. Dans les deux camps, on a pu parler d’un million de morts (chiffre énorme pour un pays de 26 millions d’habitants), mais ce chiffre est largement considéré comme exagéré. Actuellement, les estimations les plus sérieuses varient entre 380 000 et 451 000 morts des conséquences directes de la guerre.

Les chiffres suivants sont donc des estimations à prendre avec précaution :

  • 100 000 à 285 000 soldats morts au combat (pertes militaires directes)
  • 10 000 à 15 000 civils morts des bombardements
  • 40 000 à 200 000 exécutions en zone nationaliste
  • 20 000 à 86 000 exécutions en zone républicaine
  • 30 000 à 200 000 exécutions par le gouvernement franquiste entre 1939 et 1943.

La seule bataille de l’Èbre aurait fait près de 60 000 victimes.

Il faut ajouter à ces chiffres la surmortalité due à la famine ou aux épidémies mais le chiffre de ces victimes (estimé à 330 000) reste difficile à établir.

Réfugiés et exilés

La guerre a entraîné d’importants mouvements de population, souvent décidés dans la précipitation sans projet précis pour les personnes déplacées. Si certains de ces déplacements se sont faits à l’intérieur de l’Espagne, la guerre a surtout conduit des Espagnols à quitter leur pays, souvent de manière provisoire, parfois de manière définitive.

Les premiers mois, voire les premiers jours de la guerre voient le début de l’exode : depuis le Pays basque, des républicains quittent le pays pour la France ; en Catalogne, ce sont des personnes méfiantes voire hostiles envers les républicains qui partent, par bateau, vers Marseille ou vers l’Algérie. Par la suite, de nombreuses personnes, républicaines pour la plupart, ont quitté l’Espagne. Les destinations ont été variées, mais c’est la France qui a été la plus choisie, les trois autres grands pays d’exil ou de refuge étant le Royaume-Uni, le Mexique et l’URSS. En France même, ce sont les départements du Sud-Ouest, à proximité de l’Espagne, qui ont accueilli le plus de réfugiés, avec une forte immigration espagnole dans les villes de Bordeaux et de Toulouse, où résidaient déjà des Espagnols. Les autres départements de la côte Atlantique (Loire-Inférieure notamment) ont également été concernés, ainsi que le Massif central, les Bouches-du-Rhône et la région parisienne. L’accueil des arrivants a été très différent d’un endroit à l’autre : tantôt ils étaient bien reçus et faisaient même l’objet d’actions de solidarité, tantôt ils étaient regardés avec méfiance voire hostilité dans une France en crise marquée par certaines formes de xénophobie. Cette émigration vers la France a connu un mouvement d’accélération important au cours de la bataille de l’Èbre et dans les mois suivants, dans un mouvement appelé la retirada (retraite). En mars 1939, le nombre de réfugiés espagnols en France a été estimé à 440 000 personnes (d’après l’information de Valière au gouvernement français, 9 mars 1939). Devant un tel afflux, les autorités françaises se sont trouvées débordées, et certains de ces réfugiés se sont trouvé regroupés dans des camps de concentration (terme employé officiellement à l’époque). Cet épisode a eu un fort retentissement dans l’imaginaire des républicains espagnols, laissant le souvenir d’un pays peu ouvert aux républicains anti-fascistes.

Le départ d’Espagne de toutes ces personnes n’a pas toujours été définitif. Certains même, pendant la guerre, n’ont fait que passer par la France pour quitter le pays basque, occupé par les nationalistes, et rentrer par la Catalogne, encore tenue par les Républicains. Toutefois, la plupart de ceux qui ont quitté le pays n’y sont pas revenus avant la fin de la guerre civile. Certains réfugiés sont retournés dans l’Espagne franquiste, en particulier quand le régime s’est adouci, d’autres ont attendu la transition démocratique. En réalité, pour de nombreux républicains espagnols, l’installation à l’étranger est devenue définitive mais ces familles gardent le souvenir de la guerre civile.

En 1939-1940, beaucoup de républicains demandent à s’engager dans les bataillons étrangers de l’armée française, malgré la méfiance des officiers français envers ces « Rouges ». Par la suite, ils sont nombreux à rejoindre la résistance française, les maquis (on parle de 60 000 maquisards espagnols dans le Sud-Ouest en 1944) et les Forces Françaises libres. Lors de la libération de Paris, le premier détachement de l’armée Leclerc à entrer dans Paris est une section espagnole.

Parmi les figures de l’émigration républicaine, Jorge Semprún.

Chronologie

1936

Situation en août/septembre 1936

  • 16 février : Victoire électorale du Frente Popular.
  • 18 juillet : Putsch des généraux factieux, mené par Franco, Mola et Queipo de Llano ; ils contrôlent l’armée d’Afrique au Maroc espagnol, Séville, Cadix, Cordoue, Algésiras, Pampelune, Valladolid, Burgos. Le Premier ministre Santiago Casares Quiroga démissionne.
  • 19 juillet : Les putschistes sont rejoints par les garnisons de Salamanque, Ségovie, Cáceres, Oviedo, Saragosse et de la Galice.
    Formation du gouvernement de José Giral, avec des représentants de la gauche modérée.
  • 20 juillet : Échec du soulèvement nationaliste à Madrid et à Barcelone. Mort dans un accident d’avion du général José Sanjurjo, organisateur du putsch.
  • 23 juillet : Installation de la junte nationaliste espagnole à Burgos.
  • 24 juillet : Début de l’aide de la France aux Républicains espagnols.
  • 30 juillet : Arrivée en Espagne des premiers avions italiens et allemands qui participeront au transport des troupes nationalistes au-dessus du détroit de Gibraltar depuis le Maroc.
  • 1er août : Léon Blum propose la non-intervention en Espagne.
  • 4 août : Avance de l’armée d’Afrique partie de Séville.
  • 8 août : La France ferme ses frontières avec l’Espagne.
  • 14 août : Le colonel Juan Yagüe prend Badajoz, opérant ainsi la jonction entre les zones nationalistes du Nord et du Sud.
  • 4 septembre : Prise d’Irùn par les nationalistes.
  • 5 septembre : Largo Caballero Premier ministre.
  • 9 septembre : Conférence de Londres sur la non-intervention en Espagne.
  • 27 septembre : L’armée nationaliste atteint Tolède et met fin au siège de l’Alcazar par les républicains où le colonel José Moscardo s’était retranché depuis le 22 juillet.
  • En septembre : Le Komintern approuve la création des Brigades internationales en Espagne
  • 1er octobre : Le général Francisco Franco est nommé par la junte de Burgos, chef du gouvernement national.
  • 22 octobre : Autorisation par le gouvernement républicain de la création des Brigades internationales.
  • 4 novembre entrée de la CNT dans le gouvernement Caballero.
  • 7 novembre : Début de l’offensive nationaliste sur Madrid
  • 18 novembre : Reconnaissance officielle du gouvernement nationaliste par l’Italie et l’Allemagne
  • 23 novembre : Fin de la bataille de Madrid, Franco renonce à attaquer Madrid de front, l’offensive nationaliste a échoué.
  • 17 décembre : La pravda annonce qu’en Catalogne, le « nettoyage des Trotskystes et des anarcho-syndicalistes a déjà commencé ». Les agents de Staline effectueront ces purges.

1937

GUERRE CIVILE ESPAGNOLE : situation en octobre 1937

  • 6 février – 28 février : Échec d’une nouvelle offensive franquiste sur Madrid : bataille du Jarama (6-28 février).
  • 8 février : Prise de Malaga par le corps expéditionnaire italien.
  • 8 mars : Bataille de Guadalajara : défense des forces italiennes dans le secteur de Madrid (8-18 mars).
  • 18 mars : Les nationalistes encerclés à Guadalajara.
  • 19 mars : Le général Mola déclenche son offensive dans le Nord.
  • 19 avril : Décret transformant la Phalange en parti unique dans la zone nationale.
  • 26 avril : Bombardement de Guernica au Pays basque espagnol par l’aviation allemande de la légion Condor : 1 500 civils tués.
  • 3 mai : Écrasement des insurgés anarchistes et marxistes de Barcelone par l’État républicain, le Komintern et le Parti communiste espagnol, opposés à toute révolution prolétarienne au nom du front populaire antifasciste. Passivité et collaboration des anarchistes du gouvernement, défaitisme des dirigeants du POUM.
  • 17 mai : Formation du gouvernement Negrín en zone républicaine.
    En août, des unités militaires communistes mettent fin à la collectivisation des terres en Aragon.
  • 3 juin : Mort du général nationaliste Emilio Mola dans un accident d’avion.
  • 19 juin : Chute de Bilbao devant l’armée nationaliste.
  • 5 juillet – 26 juillet : L’armée républicaine tente une opération de diversion lors de la bataille de Brunete, près de Madrid. En août, des unités militaires communistes mettent fin à la collectivisation des terres en Aragon.
  • 24 août – 27 septembre : Seconde opération de diversion des républicains lors de la bataille de Belchite en Aragon.
  • 21 octobre : Les franquistes achèvent la conquête des enclaves républicaines de la zone atlantique. Chute de Gijon et fin de la guerre dans le Nord.
  • 28 octobre : Le gouvernement républicain est transféré à Barcelone.
  • 5 décembre : Offensive républicaine à Teruel.
  • 19 décembre : Les républicains reprennent Teruel.

1938

GUERRE CIVILE ESPAGNOLE : situation en novembre 1938

  • 8 janvier : Prise de Teruel par les républicains.
  • 1er février : Franco forme son premier gouvernement.
  • 22 février : Reprise de Teruel par les Franquistes.
  • 13 mars : La France rouvre ses frontières au transit d’armes vers la zone républicaine.
  • 5 avril : Le ministre socialiste Indalecio Prieto quitte le ministère de la défense sans avoir pu endiguer l’influence communiste et soviétique dans l’armée.
  • 15 avril : Les forces franquistes atteignent la Méditerranée et coupent l’Espagne républicaine en deux.
  • En juin, la France ferme à nouveau ses frontières avec l’Espagne républicaine.
  • 24 juillet : Dernière grande offensive républicaine sur l’Ebre.
  • Août : Nouvelle crise politique républicaine : le troisième gouvernement Negrín.
  • Octobre : Retrait des Brigades Internationales.
  • 30 octobre : Contre-offensive franquiste sur l’Ebre.
  • 16 novembre : Les républicains repoussés sur l’autre rive de l’Ebre.
  • 23 décembre : Début de la campagne franquiste en Catalogne.

1939

  • 15 janvier : La France autorise à nouveau le transit d’armes vers la république espagnole.
  • 26 janvier : Chute de Barcelone, la Catalogne tombe aux mains des troupes franquistes, 450 000 réfugiés espagnols parviennent en France où ils seront internés dans des camps.
  • 5 février : Achèvement de l’occupation de la Catalogne par les franquistes (5-10 février).
  • 27 février : La France et le Royaume-Uni reconnaissent Franco.
  • 28 février : Démission d’Azaña.
  • 5 mars : Putsch intra-républicain du colonel Casado à Madrid (5-10 mars).
  • 6 mars : Fuite du président Negrin et des principaux dirigeants communistes espagnols.
  • 26 mars : Avance finale des troupes franquistes : reddition des armées républicaines, chute de Madrid.
  • 31 mars : Les armées nationalistes ont atteint tous leurs objectifs et occupent la totalité du territoire espagnol.
  • 1er avril : Fin de la guerre civile en Espagne. Début de la dictature franquiste en Espagne (fin en 1975).

Bibliographie

Témoignages et sources

Études générales

Études sur des aspects particuliers

Oeuvres écrites de fiction

Films

  • Land and Freedom de Ken Loach
  • Fiesta (1995) de Pierre Boutron
  • Mourir à Madrid de Frédéric Rossif produit par Nicole Stéphane. Sorti en 1963.
  • Espoir d’André Malraux.
  • Fünf Patronenhülsen de Frank Beyer, 1960.
  • Pour qui sonne le glas d’après le roman d’Ernest Hemingway.
  • La Guerre est finie d’Alain Resnais, 1966.
  • La lengua de las mariposas (La langue des papillons) de José Luis Cuerda (1999) basé sur le roman de Manuel Rivas Qué me quieres amor?
  • Libertarias (Femmes libertaires) de Vicente Aranda, 1995.
  • Soldados de Salamina (Les Soldats de Salamine) de David Trueba, 2002.
  • Le Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro, 2006.

Photographies

  • Mort d’un soldat républicain de Robert Capa (5 septembre 1936).
  • Musique

    La chanson « Spanish Bombs » de l’album London Calling de The Clash.

    Documentaires

    • Un autre futur : « L’Espagne en rouge et noir » et « Contre vents et marées »
    • Caudillo 1975-1977. Film documentaire de Basilio Martín Patino
    • Diego (vidéo) : documentaire/interview d’un militant anarchiste (Abel paz) ayant vécu l’insurrection révolutionnaire espagnole
    • J’en garde la trace, (la Bataille de l’Ebre) novembre 2004. Film documentaire de Neus Viala, en version française et en version catalane DVCAM. Existe en DVD et VHS. Production et diffusion : Cultures et Communication.
    • Journal de Rivesaltes 1941-1942 de Jacqueline Veuve, 1997.
    • No Pasarán, Album Souvenir 2003. Film documentaire de Henri-François Imbert.
    • Spanien! (Espagne !) 1973. Film documentaire de Peter Nestler.
    • Unversöhnliche Erinnerungen 1979. Film documentaire de Klaus Volkenborn, Johann Feindt et Karl Siebig.
    • Victoire de la vie 1937. Film documentaire de Henri Cartier-Bresson. Produit par la centrale sanitaire internationale. 112 mn. Noir et blanc. Film sur l’entraide médicale au service de l’Espagne républicaine assaillie par les troupes du Général Franco. (Mk2 Editions, 2006)
    • L’Espagne vivra 1938. Film documentaire d’Henri Cartier-Bresson. Produit par le Secours populaire de France et des Colonies. 43 mn. Noir et Blanc. Second documentaire de HCB sur la Guerre d’Espagne. (Mk2 Editions, 2006)

    Oeuvres d’art

    • La Basilique Sainte-Croix del valle de los Caìdos
    • Guernica de Pablo Picasso

    (Source, licence GFDL)

    Ces 9 BD sur la guerre civile espagnole (36-39)

    Apprendre l’Histoire par les images c’est pour certains plus facile. Pour se faire plaisir et remonter le temps ou pour offrir, je vous propose une sélection de 9 bandes-dessinées qui ont pour thème principal la (1936-1939) souvent appelée « Guerre d’Espagne ».

    « Les guerres silencieuses » (tome 1)

    A l’aube des années 2010, entre mal de vivre et perte de repères créatifs, un jeune dessinateur barcelonais choisit de puiser aux sources de son histoire familiale en racontant le service militaire de son père en Afrique du Nord lors de la guerre d’Ifni qui opposa l’Espagne et le Maroc.

    Cependant, raconter cette histoire, c’est aussi raconter la jeunesse de ses parents sous le franquisme, dans un monde régi par un ordre social entièrement soumis à la pression religieuse et militaire d’un État totalitaire. Une société à l’opposé de l’Espagne d’aujourd’hui, que Jaime Martin ausculte à travers la mémoire intime de ses parents, au cœur des relations entre générations dans l’Espagne contemporaine, entre récit historique et chronique familiale.

    « España la vida »

    1937. Les tragiques événements de Guernica, dont Picasso a fait le sujet de l’une de ses plus célèbres toiles, viennent de se dérouler en Espagne.

    À Paris, Jean-Léonard dit Léo fait partie d’un petit groupe de jeunes adultes d’obédience anarchiste que l’actualité espagnole fait bondir. Mais Léo est issu d’une famille bourgeoise, très marquée à droite et il y a loin de l’indignation à l’action concrète… Sa rencontre avec l’écrivain militant Victor Serge va pourtant tout faire basculer : malgré son attachement à sa petite amie Louise, Léo se décide à tout plaquer, direction Saragosse, pour y rejoindre la célèbre colonne Durruti, une brigade internationale où se retrouvent, engagés aux côtés des républicains espagnols, des combattants idéalistes venus de tous les horizons de la planète.

    « Exil »

    Francisco est espagnol mais vit en France, à Perpignan. C’est l’hiver et il attend ses enfants pour Noël. La neige qui tombe le replonge dans des souvenirs douloureux… En 1936, chassé par le putsch des nationalistes, il avait dû quitter précipitamment son village d’Andalousie ainsi que femme et enfants. S’ensuivit une longue errance sur les routes enneigées, marquée par la peur, les rencontres, l’espoir et les désillusions.

    Pour ceux qui rêvaient d’une Espagne plus juste et solidaire, le rêve s’est terminé tristement dans un poste frontière des Pyrénées, où les Français les traitèrent comme des prisonniers. Les auteurs, eux aussi d’origine espagnole, rendent hommage à ces hommes et ces femmes qui, voulant fuir l’horreur de la guerre, vécurent un nouveau calvaire sur les routes de l’exil.

    « Le convoi » (tome 1)

    Montpellier, 1976 : Angelita prend le train en urgence pour rejoindre sa mère hospitalisée à Barcelone où, pourtant, elle avait juré de ne plus jamais revenir. Fille de réfugiés espagnols, Angelita a perdu son père à l’âge de 8 ans.

    Il fut l’un des prisonniers du tristement célèbre convoi des 927 vers Mauthausen, parti de Perpignan et d’Angoulême où les autorités françaises avaient parqué les réfugiés espagnols. Séparée de son père lors de son arrivée en France, Angelita n’en sait pas davantage que ce que l’administration a bien voulu leur délivrer comme informations, à sa mère et elle, en 1945, à la fin de la guerre. Mais elle va découvrir que ce qu’elle a toujours tenu pour acquis (la mort de son père en déportation) pourrait bien s’avérer un mensonge.

    « Max Fridman : No pasarán » / « La Guerre d’Espagne »

    Le 18 juillet 1936, la guerre d’Espagne éclate. Pour les services d’espionnage et de contre espionnage, la Deuxième Guerre mondiale a déjà commencé. Giardino, de son trait limpide et lumineux, plonge Max Fridman dans la tourmente espagnole.

    Le récit est feutré et violent tout à la fois, et on y trouve une parfaite alchimie entre un scénario réglé comme une horloge et un dessin d’une grande pureté, par un maître du neuvième art. No Pasarán – La Guerre d’Espagne rassemble pour la première fois sous une même couverture les tomes 3 à 5 de la série Max Fridman, formant un poignant récit complet.

    « Les Phalanges de l’ordre noir » (Enki Bilal, nouvelle édition 2015)

    Par une nuit d’hiver en Espagne, sur les hauts plateaux de la province de l’Aragon, une expédition punitive s’abat sur le petit village de Nieves. Tous ses habitants, y compris les femmes et les enfants, sont exécutés et le village est incendié.

    L’attentat est revendiqué par un groupe politique, les Phalanges de l’Ordre Noir, au nom des « valeurs de l’Occident chrétien ». Le village, haut lieu des affrontements entre républicains et franquistes à la fin des années trente lors de la guerre d’Espagne, venait de voter massivement à gauche lors des dernières élections.

    Convaincus que ce massacre signe le retour de l’extrême droite qu’ils ont autrefois combattue, un groupe d’anciens des brigades internationales, quarante ans après, se décide à reprendre les armes. De l’Espagne à la Suisse en passant par l’Italie, les Pays-Bas et la France, une dizaine d’hommes que l’âge a rendus las mais toujours fidèles à leurs convictions de jeunesse, vont ainsi donner la chasse à leurs vieux ennemis, jusqu’à l’affrontement final.

    Initialement publié en 1979, Les Phalanges de l’Ordre Noir est une méditation désenchantée sur la fraternité, le temps qui passe et la vanité des idéaux. Avec ce brillant récit, Bilal et Christin inaugurent la veine des thrillers politiques qu’ils approfondiront un peu plus tard avec Partie de chasse.

    « Les temps mauvais : Madrid 1936-1939 » (Carlos Giménez)

    Carlos Giménez revient sur ce qui sera l’événement le plus marquant de sa vie et de celle de nombreux Espagnols : la guerre civile. L’accession au pouvoir par la force du général Franco s’est faite dans le sang et les pleurs.

    Il montre cette guerre du point de vue de ceux qui l’ont subie. C’est la vie quotidienne des civils qui tâchent de survivre aux bombardements, incendies, exécutions, privations et épidémies dans Madrid assiégée. L’auteur, avec son dessin d’une incroyable expressivité, revient sur ce drame. Une œuvre forte et d’une rare émotion.

    « La Retirada »

    La Retirada de 1939, l’Exode des républicains espagnols vaincus, parqués dans des camps (Argelès, Prats) à leur arrivée en France racontée par des dessins, d’une force incroyable, de Josep Bartoli, témoin et acteur de ce drame, grand artiste et ami de Frida Kahlo.
    En contrepoint, le photographe Georges Bartoli, son neveu, interrogé par Laurence Garcia nous livre son témoignage sur la dure condition des exilés espagnols jusqu’à la fin du franquisme.

    « L’art de voler »

    « Bon, c’est l’heure… L’heure de s’envoler… »

    Ce livre est né d’un fait réel : le suicide d’un homme de 90 ans qui s’élance du quatrième étage de sa maison de retraite pour voler enfin librement. Dernier fils d’une famille rurale, le père d’Antonio Altarriba naît en Aragon à l’orée du XXe siècle. Son idée fixe est de quitter son village pour les lumières de la ville. Il rallie les cohortes d’Espagnols sans pain ni toit, exploités, exposés à toutes les rigueurs du temps : chute de la monarchie, Seconde République, guerre civile, dictature de Franco, exode, Deuxième Guerre mondiale, retour et exil intérieur…

    À travers les tribulations extraordinaires de cet homme ordinaire, Altarriba et Kim donnent une dimension universelle à la trajectoire d’une particule élémentaire qui ne renonce jamais jusqu’à l’heure ultime à voler sur les ailes de la justice et de la liberté.

    En relatant son existence intimement mêlée aux tempêtes qui ont ravagé l’Espagne et l’Europe du 20e siècle, son fils rend un vibrant hommage au courage, aux idéaux vaincus et à l’art si difficile de voler…